Lapis One : le mini-PC de 85 mm qui promet un domicile fixe à vos agents IA, pour 359 $

Lapis One : le mini-PC de 85 mm qui promet un domicile fixe à vos agents IA, pour 359 $

AMD a baptisé la catégorie « agent computer » en mars. Microsoft l'a adoubée au Build en juin. Et pendant que les géants posent les fondations, deux inconnus de San Francisco sortent un boîtier d'aluminium de 85 mm pour héberger vos agents 24/7. 359 $ la précommande. Zéro test indépendant. Bienvenue dans le pari hardware le plus élégant, et le plus risqué, de la rentrée.

Un boîtier de 85 mm, pas une révolution

Le produit s'appelle Lapis One. Il tient dans la paume : 85 × 85 × 28 mm, 227 grammes, aluminium noir anodisé ou blanc peint. La fiche produit est soignée, presque Teenage Engineering dans l'esprit. La vidéo de lancement pose d'ailleurs la question : « What if Teenage Engineering made a Raspberry Pi ? » On sent l'ambition esthétique.

Derrière, c'est du matériel honnête, pas un monstre de calcul. Un SoC Rockchip RK3576, quatre cœurs Cortex-A72 et quatre Cortex-A53, avec un NPU de 6 TOPS. Traduction : le niveau d'une tablette ou d'un boîtier TV. Huit gigaoctets de LPDDR5, soudés, impossibles à étendre. Soixante-quatre gigas d'eMMC, un slot M.2 2230 et une microSD jusqu'à 2 To pour les données.

Et c'est là qu'il faut être clair : Lapis One n'est pas une machine à faire tourner des LLM locaux. Le constructeur ne prétend d'ailleurs pas le contraire. La machine orchestre. Elle appelle les API cloud, exécute les commandes, déroule les scripts, garde la session ouverte. Les prompts partent vers OpenAI, Anthropic ou DeepSeek, selon votre clé. Le FAQ est sans ambiguïté : « Does it work without internet? No. »

Bref, on n'achète pas un cerveau. On achète un concierge.

Le KVM agent : voir l'écran de l'autre et taper à sa place

Le vrai argument, le différenciateur que la boîte n'a pas volé, c'est le port « Agent KVM ». Un connecteur USB-C dédié qui capture la sortie vidéo d'un autre ordinateur en 2K à 30 images par seconde, et émule clavier et souris. L'agent voit l'écran de la machine branchée. Il l'opère comme une personne assise devant.

Le détail qui compte : aucun logiciel à installer sur la machine contrôlée. Ça passe par l'USB-C, point. Donc ça marche sur un vieux PC, une machine d'entreprise verrouillée, un appareil sans API et sans droits d'administration. La capture est à la demande, pas un flux continu qui pompe la bande passante en permanence.

C'est à la fois brillant et vertigineux. Brillant parce que ça résout le cas du « poste que tu ne peux pas administrer mais que l'agent doit piloter ». Vertigineux parce que donner à un agent la capacité de voir un écran et de taper à ta place, c'est une surface d'attaque. Un agent compromis, ou prompt-injecté, opère la machine branchée dans la limite des validations. On y revient.

La sécurité par le doigt

PamirAI a visiblement pensé à ce que je viens d'écrire. Le boîtier embarque un capteur d'empreinte FPC AllKey Pro, choisi début septembre avec Precise Biometrics. L'idée, c'est un feu rouge humain : les actions sensibles demandent une validation biométrique. Le cofondateur Kevin Zhang le formule proprement : confier « un travail substantiel aux agents tout en gardant le contrôle des actions sensibles ».

L'OS va dans le même sens. Lapis OS, c'est Debian 13 Trixie avec une racine en lecture seule vérifiée par dm-verity, des mises à jour A/B signées avec rollback, et des données chiffrées en LUKS2 dont les clés sont scellées dans un TPM 2.0. Accès root, gestionnaire Nix, SDK Python pour le GPIO et le NFC. Le site précise qu'une image Linux « propre », sans logiciel IA, est fournie.

Pour la confidentialité, le discours est rodé : le contenu reste sur le device, les transferts entre l'app et la machine passent par une connexion pair-à-pair chiffrée qui ne transite pas par le cloud Pamir. Les fournisseurs de modèles gérés tournent en zero-data-retention. En BYOK, vos prompts partent directement vers le fournisseur, sous ses conditions.

Sauf que. La télémétrie d'usage est conservée jusqu'à douze mois. Et les conditions de service évoquent des « Subscription Services » à facturation récurrente, sans détail public de tarif. Un flou qui mériterait d'être levé avant de sortir la carte.

Le trou dans la raquette

Maintenant, soyons honnêtes. Ce produit n'a été testé par personne. Aucune revue presse indépendante au 9 septembre 2026. La seule vidéo disponible est produite par PamirAI elle-même. Le post Hacker News du 9 septembre affichait un point, zéro commentaire au moment de la capture. La preuve du « KVM agent fiable en conditions réelles » reste entièrement à faire.

L'équipe annoncée tient à deux personnes, selon la fiche Founders Inc. Le produit est assemblé en Chine via Seeed Studio, le design et la supply chain étant gérés sur place. Cent quarante unités en octobre, puis une montée à plus de dix mille en décembre. Le calendrier est ambitieux. Les retards, dans le hardware, c'est la norme, pas l'accident.

Les limites sont assumées, il faut le reconnaître. Huit gigas fixes, quand les mini-PC x86 concurrents montent à 32 ou 128. Un NPU de 6 TOPS, inutile pour la moindre inférence locale sérieuse. Une dépendance totale à Internet. Et une cible géographique limitée aux États-Unis pour l'instant, ce qui ferme la porte aux Européens sans date d'ouverture.

Le prix, enfin, mérite qu'on s'y arrête. 359 $ en early bird, 599 $ en prix conseillé. Au-dessus d'un Raspberry Pi 5 à 80 $ qui couvre une partie du cas d'usage pour un bricoleur. En dessous des Beelink SER8 à 649 $ et des boîtiers Ryzen à NPU. La promesse tient donc sur la couche logicielle, le KVM et l'intégration Tailscale. Et cette couche, personne ne l'a encore validée.

La catégorie que AMD et Microsoft cadrent

Le contexte, lui, est réel et ne doit rien au marketing de Pamir. AMD a défini la catégorie en mars : « An Agent Computer is a new category of device built to run your AI agents full-time ». Microsoft a enchaîné au Build en juin avec une stratégie agent-first sur Windows, Azure et GitHub.

Autrement dit, le marché que Lapis One attaque est en train de se structurer sous nos yeux. Les mini-PC x86 à NPU captent le budget « agents ». Les guides pullulent : « Best Mini PCs for OpenClaw Agents » dès mars, le classement d'artofthestart en juin. La demande pour une machine dédiée aux agents existe déjà, servie par des boîtiers génériques.

La question de fond, c'est : est-ce qu'une startup de deux personnes peut battre des boîtiers x86 génériques sur le terrain de l'intégration logicielle ? Le pari de Pamir, c'est que oui. Que le KVM matériel, l'OS immuable, la biométrie et la batterie de 3 300 mAh qui fait office d'UPS personnel valent les 359 $ demandés. La batterie, d'ailleurs, est une trouvaille : deux à quatre heures d'autonomie pour survivre à un débranchement, du bureau au canapé au café, sans tuer la session de l'agent.

À qui ça sert vraiment ?

Les cas d'usage sont bien réels, même si le produit ne l'est pas encore. Le développeur qui fait tourner Claude Code 24/7 sans occuper sa machine principale, et dont la session survit à la fermeture du laptop. Les tâches programmées : la homepage montre des exemples concrets, « Ran 5 commands », « Scheduled: Daily Slack Summaries », une synchro de fichiers sur SSD, une impression d'étiquettes.

Le contrôle d'autres machines via KVM, pour les postes verrouillés ou non administrables. La bidouille hardware : GPIO, NFC, SDK Python, un beacon BLE sur ESP32, une LED arc-en-ciel sur un 74HC595. L'écran Sharp monochrome 240×400, façon Playdate, affiche les statuts sans bouffer la batterie.

Et puis il y a la promesse plus vaste, celle que les vendeurs de cette catégorie répètent à l'envi : l'agent qui travaille pendant que vous dormez. L'employé numérique persistant, avec un point de contrôle physique pour couper ou valider. C'est exactement le discours qui, poussé au bout, a donné les « Twilight Factories » et leurs dérives. Le feu rouge humain de Lapis One est une réponse partielle à cette angoisse. Partielle, parce que non testée.

Voici la donne tarifaire, en clair :

Solution

Prix indicatif

Atout

Faiblesse

Lapis One (early bird)

359 $

KVM matériel, OS immuable, biométrie

Non testé, 8 Go fixes, USA only

Raspberry Pi 5 8 Go

~80 $

Prix, communauté

Pas de KVM, pas de TPM/dm-verity, à bricoler

GMKtec NucBox K8 Plus

389-550 $

x86, RAM extensible

Pas de couche agent intégrée

Beelink SER8 32 Go

~649 $

Puissance, RAM 32 Go

Pas de KVM matériel

NVIDIA DGX Spark

999 $+

CUDA, LLM local

Prix, autre catégorie

Verdict

Lapis One est un objet séduisant, bien pensé, qui arrive au bon moment dans une catégorie que les géants viennent de légitimer. Le KVM matériel est une vraie idée. L'OS immuable et la biométrie répondent à une inquiétude légitime. Le positionnement tarifaire est cohérent, entre le Pi à 80 $ et le x86 à 649 $.

Mais on ne précommande pas une promesse à 359 $ sur la foi d'une vidéo du constructeur. Le produit n'a été testé par personne. L'équipe tient à deux personnes. Les huit gigas sont soudés pour toujours. Et tant que le KVM n'aura pas démontré qu'il pilote un poste verrouillé sans se faire prompt-injecter au premier site vérolé, le feu rouge biométrique reste une affiche.

Mon avis : attendez les premières unités d'octobre, et les premiers retours de vrais utilisateurs. Si le KVM tient ses promesses, Lapis One a une place. Sinon, un Raspberry Pi 5 et un peu de Tailscale feront 80 % du boulot pour 80 $. Le dernier kilomètre, celui du contrôle physique d'autres machines, c'est justement celui que personne n'a encore parcouru en conditions réelles. Et c'est là que ça se joue.

Sources

Idée d'illustration : un boîtier d'aluminium noir anodisé de 85 mm posé sur un bureau, face avant avec un petit écran LCD monochrome (style Playdate) affichant des lignes de log, un lecteur d'empreinte digital éclairé, un câble USB-C branché vers un vieux laptop au premier plan. Style néobrutaliste, couleurs contrastées noir/orange, un halo d'énergie autour du boîtier suggérant qu'un « agent » y réside. Pas de robot humanoïde générique : l'objet lui-même est le héros.