Praex se présente comme un agent de code « copartner », avec ses propres modèles, servis par lui, sans intermédiaire. C'est écrit en gros sur la page d'accueil. La politique de confidentialité, mise à jour le jour même du lancement, dit autre chose : le palier Pro à 20 $ peut être répondu par DeepSeek-V4.1-Flash, hébergé sur les machines de Google. Bienvenue dans l'architecture de lancement.
« Pas un autre assistant derrière l'API de quelqu'un d'autre »
La page d'accueil de Praex ouvre sur une phrase sans ambiguïté. Je la recopie : « Pas un autre assistant derrière l'API de quelqu'un d'autre. Nos propres modèles, servis par nous, sans intermédiaire. » Le positionnement est clair, et il a du sens commercial : face à la marée d'agents de code qui ne sont que des habillages au-dessus de Claude ou de GPT, Praex prétend trancher en possédant sa propre pile.
La famille de modèles a des noms propres, c'est même ce qui fait illusion. Velox II, le modèle du quotidien, gratuit. Faber II, le modèle de raisonnement, réservé au palier Pro. Lucia II, le « frontier », réservé au palier Max qui n'ouvre pas encore. Trois noms, une machine à écrire, et un ton maison revendiqué : le README parle de « no nannying », pas de sermons, un plancher dur pour le contenu réellement dangereux et rien d'autre.
Le produit, lui, est réel. Un terminal complet, pas un chat. Praex lit le dépôt, édite les fichiers, exécute les commandes avec approbation préalable. Mémoire persistante, recherche web, trois niveaux de permission. Et surtout une fonction de contrôle à distance, /rc, dont je reparle plus bas parce que c'est la seule vraie invention du truc.
La couleuvre, écrite noir sur blanc
Sauf que la politique de confidentialité, elle, dit autre chose. Dans une section intitulée « Stand-in models », on apprend que tant que les serveurs Faber et Lucia de Praex ne tournent pas, ces paliers sont répondus par des modèles ouverts tiers. Actuellement : DeepSeek-V4.1-Flash pour Faber, Kimi K2 Thinking pour Lucia, servis via Google Cloud Vertex AI. Seul Velox tourne réellement sur les serveurs de Praex.
Arrêtons-nous une seconde. Le palier Pro, celui qu'on paie 20 $ par mois, peut être servi par DeepSeek. Chez Google. Pendant que l'interface affiche toujours « Faber II ». Ce n'est pas un mensonge, la chose est documentée, dans une page légale que personne ne lit. Mais l'écart entre la promesse de la page d'accueil et la réalité du contrat mérite d'être écrit sans détour.
Deux conséquences pratiques. D'abord, la promesse de souveraineté — « votre travail n'est pas un entonnoir à données » — se déplace vers les conditions de Vertex AI dès que le stand-in s'active. Ensuite, la qualité du modèle Pro peut varier d'un jour à l'autre sans que l'utilisateur le sache. Faber II aujourd'hui, DeepSeek demain, et rien dans l'interface ne le dit.
Les conditions générales ajoutent une ligne que je recommande de relire lentement : « les modèles à la demande peuvent mettre du temps à démarrer ou être temporairement indisponibles ». Traduction commerciale : le palier Pro n'est pas garanti disponible. Tu paies 20 $, et parfois il n'y a personne au bout du fil.
20 $ par mois, pour quoi exactement ?
La grille tarifaire est d'une franchise trompeuse. Velox II gratuit, tous les jours, dans le chat web comme au terminal, sans carte. Pro à 20 $ par mois, qui débloque Faber II et cinq fois le quota quotidien. Max, avec Lucia II, « opens soon », sans prix publié.
Le hic, c'est le quota. Le site annonce « un quota quotidien » pour le gratuit et « cinq fois le quota » pour le Pro, sans jamais publier de nombre. Ni tokens, ni messages, ni requêtes. Impossible de calculer un coût à l'usage, impossible de comparer au plafond d'un Claude ou d'un ChatGPT. On achète un abonnement dont on ignore la contenance.
La bonne nouvelle, c'est le BYOK. Utiliser Praex avec ses propres clés — OpenAI, Anthropic, Gemini, Groq, DeepSeek, Mistral, OpenRouter, xAI, Ollama — est gratuit et illimité. C'est même la sortie de secours élégante : si le modèle maison ne convainc pas, on branche le sien et on garde le terminal. Mais à ce moment-là, on ne paie plus Praex pour ses modèles, on paie pour un fork d'OpenCode. Ce qui n'est pas rien, mais ce n'est plus la même promesse.
La vraie invention : approuver depuis les toilettes
La fonction /rc mérite qu'on s'y attarde, parce que c'est là que Praex est original. Tu lances une session au terminal. Tu tapes /rc. La session s'enregistre et devient consultable dans le navigateur de ton téléphone. Tu peux approuver ou refuser une action depuis le mobile, avec la commande ou le fichier exact affichés. Le mode /afk pousse le principe plus loin : un lien et un mot de passe pour joindre directement un serveur Praex, avec tailscale serve pour l'exposer en HTTPS.
C'est la promesse du « copartner » tenue : le code continue de tourner pendant que tu es loin, et tu gardes la main. Aucun des poids lourds du créneau ne fait ça proprement.
Mais le fondateur, Davor Jerković, admet lui-même dans un commentaire Product Hunt que l'aperçu complet du diff avant approbation « est la prochaine chose que je veux ajouter ». Autrement dit, aujourd'hui, tu approuves une modification de fichier depuis ton téléphone sans voir le diff complet. Pour un outil qui vend le contrôle à distance, c'est un trou gênant. Approuver un changement de code sans le voir, c'est exactement ce qu'on reproche aux agents qui tournent sans supervision.
Un fork à 218 961 étoiles, et zéro étoile en propre
La généalogie du terminal est limpide. Le dépôt de Praex est un fork d'OpenCode, l'un des agents de code les plus étoilés de l'écosystème, 218 961 étoiles au compteur. Praex conserve le cœur agentique et ajoute ses modèles hébergés, la connexion cloud, le contrôle à distance, la mémoire et le ton maison. L'attribution amont est préservée, LICENSE et THIRD-PARTY-NOTICES à l'appui. Rien à redire là-dessus, c'est même propre.
Ce qui l'est moins, c'est l'état du fork. Créé le 18 juillet 2026, 201 commits. Mais zéro release, zéro tag, zéro étoile, zéro fork, zéro issue. Le code est là, la communauté ne l'est pas. Un utilisateur qui cherche un binaire versionné et un journal de versions ne trouve qu'une branche main poussée quotidiennement.
Et les binaires, justement. La page de téléchargement l'écrit elle-même : les builds ne sont signés ni par Apple ni par Microsoft. Sur macOS, il faut ouvrir l'app une fois, puis passer par Réglages Système, Confidentialité et sécurité, « Ouvrir quand même ». Sur Windows, « Informations complémentaires », puis « Exécuter quand même ». Pour un outil qui lit et modifie des dépôts, c'est un vrai frein en entreprise.
Les plateformes sont incomplètes. Pas d'app iOS — « Praex fonctionne dans Safari », comme si c'était la même chose. Android en test fermé sur Google Play, inscription par courriel auprès du fondateur. Le CLI Windows passe par WSL. Pas de build Linux arm64. L'installeur refuse les systèmes musl comme Alpine. Et le CLI exige un processeur avec AVX2, soit Haswell ou plus récent : les machines virtuelles sans passthrough CPU sont écartées d'office.
Le trou le plus béant : aucun benchmark
Voilà le plus étrange. Ni la landing, ni le README, ni les commentaires Product Hunt ne donnent un seul score sur un banc d'essai de code. Pas de SWE-bench, pas de Terminal-Bench, pas de LiveCodeBench. Pour un produit qui vend des modèles « post-entraînés à partir des meilleurs modèles ouverts », c'est le trou le plus béant du dossier : impossible de savoir où se situe Velox II face à un Claude ou un GPT.
L'argument « nos propres modèles » reste donc une affirmation d'architecture, pas de performance. Et la base de ces modèles n'est pas divulguée. « Post-entraînés », d'accord. À partir de quoi ? Avec quel volume de données ? Sous quelle licence les poids dérivés sont-ils distribués ? Le README se contente de « post-train and serve on our own GPUs ». Les modèles ne sont pas téléchargeables, la question reste donc théorique. Mais elle ferme la porte à toute vérification indépendante.
L'homme derrière : des appels d'offres au code
Praex n'est pas un projet de week-end. Derrière, il y a Lucius AI Systems, une société du Delaware, et son produit frère, Lucius AI, une plateforme d'analyse d'appels d'offres publics. Le fondateur, Davor Jerković, est un solo qui a déjà une activité qui tourne. La société est membre du programme NVIDIA Inception. L'annonce date du 18 juillet 2026, avec liste d'attente à l'époque.
Cette lecture change la donne des deux côtés. En faveur de la continuité : ce n'est pas un side project qui va s'arrêter faute de motivation. En défaveur de la concentration : un fondateur solo qui gère déjà un produit n'a pas forcément les moyens de maintenir un agent de code face à Anthropic et OpenAI.
Le lancement Product Hunt du 20 octobre le confirme : 32e du classement quotidien, 58e de l'hebdomadaire, 619e du mois, un score de 67, et quatre commentaires, dont deux du fondateur. Aucun fil Hacker News — les 606 résultats pour « praex » sont tous des homonymes, Praxis, Parex, Praetor. Aucune presse spécialisée à J+1. À ce stade, rien n'indique une adoption au-delà du jour de lancement.
Verdict
Praex n'est ni une arnaque ni une révolution. C'est un fork d'OpenCode propre, porté par un fondateur honnête, avec une vraie idée — le contrôle à distance — et une communication qui se prend les pieds dans le tapis.
Le problème n'est pas que le palier Pro soit servi par DeepSeek chez Google. C'est de le découvrir dans la politique de confidentialité, mise à jour le jour du lancement, alors que la page d'accueil clame « nos propres modèles, sans intermédiaire ». Un produit qui veut inspirer confiance à des développeurs ne peut pas faire l'écart entre sa devanture et son contrat. Surtout quand son argument principal, c'est la souveraineté des données.
Ce qui reste, une fois la couleuvre avalée, c'est un terminal correct, un BYOK généreux, et une fonction /rc qui mérite mieux qu'un diff invisible. À 20 $ par mois pour du DeepSeek sans benchmark, je ne vois pas la raison de quitter Claude Code. En gratuit, avec ses propres clés, ça se défend. Le reste, on attendra les vrais modèles, les vrais chiffres, et un diff complet sur le téléphone.
Sources
- Praex — page d'accueil
- Praex — politique de confidentialité (Stand-in models)
- Praex — conditions générales
- Praex — téléchargement
- Praex — à propos
- Praex — chat et contrôle à distance
- GitHub — ailucius/praex-cli
- GitHub — anomalyco/opencode (amont)
- Lucius AI — Introducing Praex
- Product Hunt — Praex
- Hacker News — recherche « praex »
Auteur
Krugz
Développeur fullstack
Développeur fullstack qui tente, tant bien que mal, de suivre l'actualité de l'IA au milieu d'une marée d'informations imbuvables et des milliers d'outils et de modèles qui sortent chaque jour.







