Copilot, 7 % de sièges sous licence IA : Microsoft passe ses agents au compteur

Copilot, 7 % de sièges sous licence IA : Microsoft passe ses agents au compteur

Le logiciel le plus installé du monde n'arrive pas à vendre son IA. Sur plus de 450 millions de sièges Office, moins de 7 % ont une licence Copilot. La réponse de Microsoft, le 25 septembre : réorganiser Copilot en trois espaces, et facturer les agents à l'usage, sur des crédits. Quand le forfait ne rentre pas, on passe au compteur.

Sept pour cent. C'est le chiffre que CNBC a exhumé, et il raconte toute l'histoire. Microsoft 365, c'est plus de 450 millions de sièges commerciaux dans le monde. Sur ce stock, moins de 7 % ont une licence IA. Le produit le plus installé de l'histoire du logiciel n'a pas convaincu un salarié sur quatorze de payer un supplément pour son assistant.

Troisième stratégie en trois ans, donc. Et cette fois, Microsoft change la nature du produit plus que son prix.

Trois ans de zigzags

Rappel des faits, parce que la mémoire du marché est courte. Copilot naît en 2023 comme chatbot dans Bing. Il se décline ensuite en Copilot commercial Microsoft 365, en GitHub Copilot, et en Copilot grand public. Microsoft a redessiné le produit de nombreuses fois. En juin 2026, Nadella évoque une future « super app » Copilot, et Scout est présenté à Build comme l'agent toujours actif. Le même mois, Cowork est lancé. En août, Microsoft fusionne les deux applications Copilot, grand public et commerciale, en une seule, mouvement que The Verge qualifie de « changement attendu depuis longtemps », assorti de remaniements de direction qui aboutissent à un patron unique de Copilot pour la première fois.

Le 25 septembre, c'est donc l'aboutissement d'un chantier, pas une rupture. C'est aussi le troisième repositionnement. On peut lire la séquence comme une escalade : d'abord un chatbot, puis un assistant, maintenant un agent qu'on facture au travail accompli.

Home, Code, Autopilot : trois espaces, un seul aveu

Le 25 septembre, le blog officiel annonce la refonte. Copilot devient trois onglets.

Home rassemble Chat et Cowork. Chat, c'est la question rapide, le premier jet. Cowork, c'est le travail délégué, qui tourne jusqu'au résultat complet : une réponse à un appel d'offres, un dossier de clôture financière. Microsoft promet qu'une mise à jour supprimera le choix : on énonce l'objectif, Copilot route tout seul.

Code est la surprise. Dans une application pensée pour le travailleur du savoir, on décrit en langage naturel une petite application, un tableau de bord ou une automatisation, et Copilot la construit. La brique repose sur la technologie de GitHub Copilot et s'exécute dans un environnement isolé. The Verge souligne que ça ne va pas de soi, et c'est un aveu en creux : Microsoft admet que tout le monde, pas seulement le développeur, aura besoin de fabriquer des outils.

Autopilot est le plus inquiétant et le plus parlant. C'est l'ancien Scout, présenté à Build 2026 comme l'agent toujours actif. Il est désormais hébergé dans le cloud et, selon les mots de Microsoft, « vit dans votre tenant avec sa propre identité, sa propre mémoire, son propre ordinateur et son propre espace de travail ». On lui donne un nom, un rôle, un objectif. Il relance des fils, exécute des tâches récurrentes, reprend un projet des jours plus tard. Il se mentionne avec un @, comme un collègue.

Pour un DSI, résume IT-Connect : une identité de plus à surveiller.

À noter, un piège de nom qui fera des dégâts en interne : cet Autopilot n'a rien à voir avec Windows Autopilot, l'outil de provisionnement de postes. Deux Autopilot, deux métiers, un seul mot. Bon courage aux équipes IT qui devront expliquer la différence.

Et l'exemple client, celui que Microsoft met en avant : David McLaren, responsable données et IA du cabinet d'ingénierie GHD, a déployé Copilot auprès de 12 000 salariés, dont environ 200 testent Cowork. Il se dit « enthousiaste parce que cela rend une capacité de type GitHub accessible à plus de gens ». Soit. Un cabinet d'ingénierie, douze mille personnes, deux cents cobayes.

Deux ajouts complètent le tableau. Today, prévu en préversion privée en octobre, agrégera courriels, calendrier, fils Teams et tâches dans un centre de commande quotidien qui ne se contente pas de lister : le brouillon de réponse est déjà écrit, le changement d'horaire déjà proposé. Et @Copilot dans Teams, où la mention donne au canal le contexte partagé — jusqu'à reconstituer le « pourquoi » d'une décision en remontant l'historique des conversations.

Office rentre dans Copilot. Pas l'inverse.

La vraie nouveauté technique, c'est l'inversion. Jusqu'ici, Copilot se greffait dans Word, Excel, PowerPoint. Désormais, Word, Excel et PowerPoint s'exécutent à l'intérieur de Copilot. Une demande de note de lancement produit un vrai fichier éditable, synchronisé avec les applications classiques. Plus de formatage cassé, plus de versions orphelines.

Microsoft cite des « Skills » métier : finance dans Excel, juridique dans Word, charte graphique automatique dans PowerPoint. La direction est claire : Office n'est plus l'application, c'est le moteur de fichiers qu'un agent manipule.

Le compteur : licence contre crédit

Et maintenant, la partie qui fâche. Microsoft sépare deux usages et deux facturations.

La licence par utilisateur — 30 $ par mois pour Microsoft 365 Copilot commercial, selon CNBC — couvre l'assistant classique : Chat, Word, Excel, PowerPoint, Outlook, Teams, choix du modèle. Un mode Auto arbitre à chaque requête entre précision, vitesse et coût.

La facturation à l'usage, elle, s'applique à tout ce qui travaille tout seul : Cowork, Code, Autopilot, les tâches agentiques longues, et les modèles de frontière. C'est-à-dire Astra, le modèle d'OpenAI, et Fable, celui d'Anthropic. On paie en crédits Copilot, au-dessus de la licence. L'utilisateur voit son solde dans l'interface.

Le hic : la grille de crédits n'est pas publiée. Ni le blog officiel ni la couverture du jour ne donnent un tarif par crédit ou par tâche. Microsoft vend un agent au compteur sans afficher le prix du kilowattheure. Pour une annonce dont la facturation est le vrai sujet, c'est un silence remarquable.

Microsoft enrobe le tout d'un vernis de gouvernance : FinOps for AI, qui fait entrer la dépense IA dans les circuits d'approbation administratifs. Plafonds par utilisateur, politiques de dépenses, restrictions de modèles par groupe. Et un garde-fou, relevé par Windows Mode : pour les clients entreprise, les services à l'usage restent désactivés jusqu'à ce qu'un administrateur crée une politique. Rien n'est facturé avant. C'est prudent. C'est aussi la reconnaissance que le compteur peut déraper, et qu'on préfère mettre la main du DSI sur la vanne.

La super app qui dépend des moteurs de ses rivaux

Satya Nadella présente Copilot comme « un nouvel OS pour le travail ». Sauf que le moteur ne lui appartient pas. CNBC note qu'aucun modèle maison Microsoft n'est proposé dans l'onglet Home : on y trouve les familles OpenAI (dont Astra) et Anthropic (dont Fable). La super app de Microsoft tourne sur les modèles de ses deux principaux concurrents.

C'est un angle critique assumé, et il n'est pas nouveau. Microsoft investit dans ses propres modèles, mais pour l'instant, la vitrine dépend d'OpenAI et d'Anthropic. The Verge, de son côté, ne mâche pas : Copilot a échoué dans l'espace grand public face à Claude et ChatGPT, et ce nouveau produit n'est pas conçu pour concurrencer Muse, l'agent de Meta qui a trusté l'App Store début septembre. Microsoft positionne Copilot comme « l'IA conçue pour le travail ». Traduction : on abandonne le grand public, on se replie sur le siège d'entreprise qu'on possède déjà.

Le marché, lui, s'est déjà consolidé autour de produits simples qui regroupent plusieurs fonctions. CNBC cite Muse, Instinct et l'open source OpenClaw comme la vague d'agents grand public qui a changé les attentes. Muse, lancé par Meta début septembre, a trusté l'App Store en quelques jours. Microsoft ne cherche pas à gagner ce match-là : il joue la carte inverse, vendre l'IA là où il tient déjà les fichiers, les identités et les contrats. Un repli stratégique déguisé en ambition.

L'action Microsoft a pris 3 % depuis le début de l'année, à la clôture de jeudi. Sous le Nasdaq, sous la plupart des mégacaps. Le marché attend Ignite, du 17 au 20 novembre, pour voir la suite.

Verdict

Tout est en préversion. Home et Code arrivent par vagues dans le programme Frontier, Autopilot en préversion privée, Today en octobre. Aucune date de disponibilité générale. Un article qui présenterait ces fonctions comme disponibles mentirait.

Ce qui est disponible, c'est un diagnostic : Copilot n'a pas décollé en entreprise, Microsoft l'admet en ajoutant la brique code qu'il n'avait pas, et il change de modèle économique en facturant à l'usage ce qui travaille tout seul. La licence vend un assistant. Le crédit vend un salarié. Le salarié, lui, coûte le prix qu'on voudra bien ne pas afficher.

Reste la question que Microsoft n'a pas posée : si moins de 7 % des sièges paient 30 $ pour un assistant, combien paieront pour un agent dont on ne connaît pas le tarif, qui a sa propre identité dans l'annuaire, et qui continue de travailler quand tout le monde dort ?

Sources

✦ Idée d'illustration : un compteur de taxi géant et rétro, style années 1950, posé sur un bureau d'entreprise. Le cadran affiche un tarif qui grimpe, mais les chiffres sont flous ou masqués par une vignette noire « grille non publiée ». Derrière le compteur, un siège de bureau vide avec un badge nominatif « Autopilot », éclairé par l'écran d'un ordinateur qui travaille seul dans la pénombre. Palette froide (bleu Microsoft, gris, un accent rouge sur le compteur), style néobrutaliste, grain de papier, aucun texte lisible.